LE FAUVISME

1905 - 1907

 

LA NAISSANCE DU FAUVISME

1905 : coup de tonnerre au troisième Salon d’automne qui s’ouvre au Grand Palais ! La manifestation offre aux visiteurs plus de 1 620 tableaux et deux rétrospectives, Manet et Ingres, mais c’est la salle VII, désormais connue sous le nom de cage aux fauves qui provoque le scandale : Léonce Bénédite, commissaire du Salon, y a réuni de jeunes peintres révolutionnaires, dont André Derain et Henri Matisse, considérés comme les chefs de file.

En entrant dans cette salle, le célèbre critique d’art Louis Vauxcelles s’écria en découvrant des œuvres éclatantes de couleurs installées autour de délicates sculptures néo-florentines : « C’est Donatello chez les fauves ! » Il n’en faut pas davantage pour que le public se masse en foule : les uns pour railler, les autres pour porter aux nues ces peintures éblouissantes. La presse fut encore plus critique que le public. Camille Mauclair déclare dans Le Figaro que « c’est un pot de peinture jeté à la tête du public ».

Même la politique s’en mêle. Le président de la République Emile Loubet refuse d’inaugurer la manifestation. Ce nouveau salon a heureusement un jury plus ouvert aux peintres non académiques. Aux spectateurs qui criaient au scandale, le célèbre historien d’art Elie Faure pourtant très classique rétorqua : « Nous devons avoir la volonté et la liberté de comprendre [ce] langage absolument neuf. » Car que reproche-t-on exactement à cette nouvelle peinture fauve ? De supprimer le dessin, jusque là pourtant fondamental dans l’art pictural. Ses oppositions de couleurs vives directement sorties du tube, souvent posées en aplats, par touches successives, laissant apparaître entre elles le fond blanc de la toile ! Les artistes fauves revendiquent surtout une liberté dans la forme : la perspective est complètement repensée et les touches laissent apparaître des formes qui vibrent dans le jaillissement des couleurs.

LES PRINCIPAUX INITIATEURS DU FAUVISME

A – HENRI MATISSE ET ANDRE DERAIN

Un an avant l’exposition de ses toiles dans la « cage aux fauves », Henri Matisse (1869-1954) est un peintre remarqué. A trente-cinq ans passés, il fréquente encore les académies et pratique un style postimpressionniste. Invité à passer l’été en 1904 chez Signac, sa manière évolue avec l’adoption de larges touches de couleurs selon une composition fortement architecturée. Toutefois les toiles, selon leur auteur, sont insuffisamment dessinées. Ses méditations le font sombrer dans un état mélancolique.

A l’été 1904, il invite le jeune Derain à passer des vacances en sa compagnie à Collioure. Dans un tête à tête pictural, les deux artistes créent des compositions d’où sont évacuées les impressions éphémères au profit de leurs passions, instincts, affects. Matisse évolue entre des touches de couleurs pures toujours plus larges et des nuages de points, caractéristiques essentielles du fauvisme, tandis que Derain produit une trentaine de toiles vivement colorées mais, contrairement à son camarade, sans laisser apparaître la toile. Luxe, calme et volupté de Matisse devient l’œuvre emblématique de la nouvelle école.

B – GEORGES BRAQUE ET OTHON FRIESZ

Georges Braque et Othon Friesz (1879-1949) étudient ensemble à l’école des beaux-arts du Havre. Friesz, d’abord attiré par le post-expressionnisme, découvre en 1905 les dernières peintures de Matisse dans l’atelier du Couvent des oiseaux et transforme aussitôt son style. Ses toiles sont exposées dans la salle VI du Salon d’automne, non loin de celles des autres fauves, que Braque est venu admirer en visiteur et ami ; il ressort du salon profondément impressionné. Quelques mois plus tard, à l’été 1906, les deux camarades séjournent à Anvers. Ils s’installent dans une chambre avec un balcon au panorama exceptionnel donnant sur le port et ils peignent de conserve les mêmes motifs selon une vue plongeante. La comparaison de leurs œuvres met en évidence le souci de composition, l’équilibre et un travail de la touche chez Braque, alors que Friesz reste sans doute trop systématique dans son procédé.

De retour à Paris pour visiter le Salon d’automne de 1906, Braque peint une de ses œuvres fauves majeures : Le Canal Saint-Martin, un mois seulement après son retour d’Anvers. Libéré de l’influence de Friesz, il entre dans une période créative où son talent peut librement s’exprimer. Le canal, bordé d’usines et d’entrepôts qui fourmillent quotidiennement d’activités industrielles, est étonnamment paisible. La vibration des couleurs et le cerne des bâtiments sont fauves mais Braque ne nous donne à voir qu’un paysage calme, ordonné, bien différent des paysages vivants et colorés d’Anvers.