Georges Braque – Sa vie

1882 - 1963

S’il est un peintre dans ce XXe siècle qui incarne « l’honneur de la France » comme le disait Malraux, c’est bien Georges Braque. Intime de Picasso, Derain, Apollinaire, Gris, Laurens, Léger, Satie, Reverdy, de Staël et de bien d’autres noms célèbres, il est au centre des révolutions culturelles qui ont ébranlé le siècle.

Né d’un père et d’un grand-père peintres décorateurs, Georges Braque était destiné à devenir artisan. Il suivit cependant des cours pour devenir artiste peintre jusqu’en 1905.

En 1906, Braque découvre le fauvisme de Matisse et Derain. La période fauve dure à peine une année et demie. Braque trouve pourtant dans ce mouvement une manière de s’éloigner de l’académisme et d’explorer les contrées inconnues de la couleur. De son séjour fauve dans le midi, il sélectionna 6 toiles qu’il expose au salon des indépendants de 1907. Braque y fera deux découvertes primordiales, celle de son premier marchand, Daniel Henry Kanhweiler, qui lui achète une des six toiles, et celle que son art se vend, Wilhelm Uhde lui achetant les cinq autres toiles.

L’année suivante, au salon d’automne, où une seule toile de Braque sur sept présentées est retenue, une rétrospective de Cézanne, mort un an plus tôt, est offerte au public. Braque, profondément inspiré par ces toiles décide d’effectuer un troisième voyage à l’Estaque, pour étudier et approfondir les théories du maître d’Aix. Avant ce voyage, Braque est encore fauve. A son retour, il porte en lui les fondements de ce qui deviendra son Grand œuvre : le cubisme.

Le cubisme, qui va révolutionner les rythmes plastiques de la peinture et lui donner une trajectoire inédite comporte encore des zones d’ombres, quand à la détermination de son origine. Il ne fut pas simple d’abord de définir la paternité et les inspirations des premières œuvres cubistes qui mettent en opposition deux génies de la peinture en ce début du XXe siècle : Georges Braque d’une part, créateur génial d’un nouvel espace pictural, intellectuel au tempérament pondéré d’artisan, modeste, de bon sens et à la vie personnelle équilibrée, préférant l’ombre et l’intériorité à l’excès de lumière attisée par Pablo Picasso d’autre part, à l’extraordinaire virtuosité artistique, doué d’une vista hors du commun, à la personnalité extravertie et à la vie mouvementée.

Cette relation, que Braque a qualifiée de « cordée en montagne », fondamentale dans l’œuvre des deux peintres, et inscrivant un chapitre incontournable à l’histoire de l’art, s’achève en 1914 avec la mobilisation de Braque au combat pour la première guerre mondiale, dont il reviendra trépané en 1915, et convalescent jusqu’en 1917. S’il approfondi son cubisme jusqu’en 1922, Georges Braque manifeste une autre façon d’aborder la peinture, selon des thèmes déterminés.

C’est le troisième temps de son œuvre, celui de la période thématique. Georges Braque se consacre alors à l’analyse de différents thèmes, tachant d’y explorer toutes les possibilités de composition, pour finalement les mettre à nu, dans le but de montrer toutes les facultés de l’objet puis du sujet. Par ces thèmes récurrents, Braque a aussi voulu perfectionner ses conceptions picturales jusqu’à l’extrême limite de leurs possibilités. Au sein de ces thèmes, émergeront des œuvres fondamentales de la carrière du peintre, comme « les billards », pour lesquels il sera récompensé à la biennale de Venise, les fameuses Barques issues de paysages normands, où il se rend régulièrement depuis qu’il s’est fait aménagé un atelier à Varengeville –sur-mer, et bien sûr « les oiseaux ».

Au soir de sa vie, Georges Braque, sélectionna pour les « Métamorphoses », dernier temps de son œuvre, une centaine de ses œuvres majeures qui furent retranscrites en gouaches maquettes créées en deux dimensions, pour les transformer, non plus virtuellement comme il l’a fait dans son cubisme analytique puis synthétique, mais physiquement, par le biais de la troisième dimension. Toutes ces œuvres porteront des noms issues de la mythologie Grecque, chère à Georges Braque, qui avait déjà crée sa propre version de la théogonie d’Hésiode. Il choisit pour ses « Métamorphoses », en référence à celles d’Ovide, autre texte fondateur de la mythologie Grecque, un sculpteur lapidaire, Heger de Loewenfeld. Leur travail sera ponctué, à la demande d’André Malraux, par une exposition au palais du Louvre. Georges Braque était déjà le premier peintre à être entré au Louvre de son vivant, en peignant le salon de la salle Henri II en 1953. L’exposition se tint du mois de mars au mois de mai 1963. Trois mois plus tard, Georges Braque mourait. Malraux fit voter un hommage national et prononça lui-même l’oraison funèbre devant ce même musée, entre les célèbres colonnades et Saint-Germain-L’auxerrois.

BIOGRAPHIE GEORGES BRAQUE

1882 – 13 mai : naissance de Georges Braque à Argenteuil, dans une famille de d’entrepreneurs de peinture en bâtiments.
1890 : La famille Braque s’installe au Havre.
1893 : Entre à l’école des beaux-arts.
1899 : Braque quitte le lycée sans se présenter au baccalauréat. Il commence son apprentissage de peintre-décorateur chez son père puis chez un de ses amis, Roney.
1900 : Poursuit son apprentissage à Paris où il retrouve ses amis normands, les peintres Othon Friesz et Raoul Dufy.
1901 : Service militaire près du Havre.
1902 : S’installe à Montmartre, rue Lepic. Au cours Humbert, rencontre avec Francis Picabia et Marie Laurencin.
1904 : déménage rue D’Orsel. Premiers tableaux de facture impresionniste.

Premier temps : le fauvisme

1905 : Lors du IIIe Salon d’automne, Braque s’enthousiasme pour la peinture de Matisse et Derain présentée dans la « cage au fauves ».
1906 : Braque passe l’été à Anvers où il réalise ses premières toiles fauves en compagnie de Friesz. Stimulé par les toiles de Cézanne vues au IVe Salon d’automne, il gagne L’Estaque fin octobre.
1907 – mars : vend six toiles rapportées du Midi lors du Salon des indépendants, à Wilhelm Udhe et à D.-H. Kahnweiler.
– juin-octobre : deuxième séjour à L’Estaque, influences cézanniennes qui l’éloignent du fauvisme.
– octobre : rétrospective Cézanne au Salon d’automne suivie d’un troisième séjour à L’Estaque. Rencontre avec Picasso au Bateau-lavoir.

Deuxième temps : le cubisme

1908 – janv-juin : Le Grand Nu, 1ère œuvre cubiste.
fin mai-début septembre : quatrième séjour à L’Estaque.
novembre : Refusé au Salon d’automne, Kahnweiler lui offre sa première exposition personnelle. C’est à cette occasion que le critique Vauxcelles utilise le terme « cubes ».

1909 : Eté à La Roche-Guyon où Braque pousse le cubisme aux portes de l’abstrait (série du Château de La Roche-Guyon).

1910 – septembre à novembre : 5e séjour à L’Estaque. Braque poursuit ses recherches vers l’abstrait dans les Usines de Rio Tinto. Première inclusion picturale dans Pyrogène et quotidien. Premières sculptures en papier.

1911 : Seconde partie de l’année à Céret, dont quelques semaines au mois d’août avec Picasso. Fait la connaissance d’Henri Laurens.
décembre : premières inclusions au pochoir dans Le Portugais.

1912 : Rencontre avec Marcelle. Utilisation du peigne à faux-bois dans ses peintures.
Passe l’été à Sorgues en compagnie de Picasso.
Début septembre : Compotier et verre, premier papier collé.

1913 : Braque présente des toiles à l’Armory Show.

1914 : été à Sorgues où il voit fréquemment Picasso et Derain. Mobilisation générale le 1er août.

1915 : Grièvement blessé par un éclat d’obus près de Carency, il est trépané.

1917 : Démobilisé. Travaille avec Gris et Laurens. Commence la rédaction de son Cahier. Il se lie par contrat à Léonce Rosenberg jusqu’en 1920.

1919 : Première rétrospective de Georges Braque après-guerre à la galerie de L’Effort moderne, chez Léonce Rosenberg.

1920 : première sculpture en matériau pérenne (Femme debout). Kahnweiler redevient son marchand.

Troisième temps : la période thématique

1921 : deux premières ventes du séquestre Kahnweiler. Vente du séquestre Uhde. Début du thème des cheminées (jusqu’en 1927).

1922 : Troisième vente du séquestre Kahnweiler. Lors du Salon d’automne, consécration de Georges Braque comme peintre français majeur. Quitte Montmartre et s’installe à Montparnasse. Début du thème des Canéphores, poursuivi jusqu’en 1927.

1923 : Quatrième vente du séquestre Kahnweiler.

1925 : Installation dans la maison construite pour lui par Auguste Perret, rue du Douanier.

1926 : Epouse Marcelle à Paris.

1928 : Apparition du thème des guéridons (jusqu’en 1942).

1929 : Se fait aménager une maison et construire un atelier à Varengeville-sur-mer. Peint des paysages marins jusqu’en 1938 et des Baigneuses jusqu’en 1933.

1931 : Premiers plâtres gravés et eaux-fortes pour la Théogonie d’Hésiode commandée par Vollard.

1936 : Thème des duos jusqu’en 1942. Les thèmes figurants des intérieurs se multiplient.

1937 : Apparition du thème des vanités (jusqu’en 1943)

1939 : Thème des oiseaux qu’il poursuivra jusqu’à sa mort. En hiver, se consacre à la sculpture.

1941 : Thème des poissons exploré pendant trois ans.

1944 : Série des Billards poursuivie jusqu’en 1949.

1947 : Aimé Maeght devient son marchand. Thème des chaises ( jusqu’en 1960).

1948 : Publication du Cahier 1917-1947. Grand prix de peinture à la XXIVe Biennale de Venise pour son Billard (1948).

1949 : Série des Ateliers poursuivie jusqu’en 1956.

1951 : premiers paysages van goghiens.

1953 : Décor du plafond de la salle Henri-II du Louvre.

1954 : Vitraux de l’église de Varengeville. Décoration du mas-Bernard à Saint-Paul-de-Vence.

Quatrième temps : les Métamorphoses

1961 : Exposition « L’Atelier de Braque » au musée du Louvre. Début de la collaboration avec Heger de Loewenfeld.

1962 : André Malraux ordonne la tenue d’une exposition des Bijoux de Braque.

1963 – 22 mars-14 mai : exposition « Bijoux de Braque » au Palais du Louvre.
31 août : décès de Georges Braque – 2 septembre : funérailles nationales, hommage prononcé par André Malraux.
L’exposition « Bijoux de Braque » voyage désormais à travers le monde.

1990 : Ouverture du musée Georges Braque à Saint-Dié-des-Vosges.

2000 : Mort d’Heger de Loewenfeld – Armand Israël poursuit l’œuvre des Métamorphoses.

2013 : commémorations du cinquantenaire de la disparition de Georges Braque. Rétrospectives au Grand Palais et au musée Georges Braque.

Georges Braque

Avec l'âge, l'art et la vie ne font qu'un.

Georges Braque

La vérité existe. On n’invente que le mensonge.

Georges Braque

Il n’est en art qu’une chose qui vaille : celle qu’on ne peut expliquer.

Georges Braque

Le progrès en art ne consiste pas à étendre ses limites, mais à les mieux connaître.